La comédie musicale, cousine de l'opéra?

Dans un précédent article, nous avions parlé de l’opéra, sans aborder les autres genres musicaux qui peuvent s’y apparenter. Tout au long de l’histoire, l’opéra n’a eu de cesse de se renouveler. Ainsi, à la fin du XIXesiècle, un nouveau genre musical apparaît: l’opérette, qui aborde des sujets plus légers et est clairement tournée vers le divertissement. Alors qu’en est-il de la comédie musicale apparue quelques années après l’opérette, au tout début du XXesiècle?

Pour faire une comédie musicale, il faut des chanteuses, des chanteurs, des décors, des costumes, une histoire. Pour faire un opéra ou une opérette il faut les mêmes ingrédients! Et pourtant, nous savons tous distinguer dès la première écoute la comédie musicale de l’opéra ou de l’opérette, nous entendons bien que les voix ne sont pas utilisées de la même manière, la technique du chant lyrique est moins présente, certaines comédies musicales sont chantées par des voix jazzy ou de variété. Nous entendons aussi des influences du ragtime, du jazz, des musiques populaires. La comédie musicale n’est pas construite uniquement sur le langage des « grandes » œuvres romantiques ou modernes de cette époque. Les techniques théâtrales sont plus présentes, exploitées à part égale avec la musique. D’ailleurs l’appellation « théâtre musical » est souvent utilisée pour les comédies musicales.

En ce début du XXesiècle une nouvelle voie artistique se dessine et deviendra peu à peu un art à part entière: le cinéma. La comédie musicale va suivre un chemin très proche de celui des films, ce chemin avance sur les traces commerciales d’une nouvelle industrie naissante. Le divertissement populaire se structure, se développe grâce à cette industrie qui demande un rendement financier à la hauteur des investissements nécessaires.

Une anecdote illustre ce propos: lorsque George Gershwin rencontre Maurice Ravel à Paris en 1928, le compositeur américain lui demande des cours de composition. Ravel lui répond avec beaucoup de lucidité: « Cher ami, vous n’êtes pas fait pour cela, soyez un grand Gershwin, ne cherchez pas à devenir autre chose. Mais j’ai entendu dire que vous gagniez des milliers de dollars avec vos compositions, alors c’est plutôt à vous de me donner des leçons! »

Alors la comédie musicale est-elle un simple divertissement fait pour plaire au plus grand nombre, utilisant des sujets purement divertissants et commerciaux?

Cela serait trop simple: comme dans l’industrie du cinéma un grand nombre de voies artistiques sont utilisées, de la plus sérieuse à la plus légère!

Pour terminer, revenons au grand Gershwin qui en 1925 compose pour Broadway la comédie musicale Tip-Toes. Les paroles des chansons, comme toujours écrites par son frère Ira, parlent de trois acteurs de Vaudeville qui se retrouvent engagés pour un spectacle. Cela pourrait être le sujet d’un film! La musique du compositeur mélange autant de genres que ce début de siècle pouvait en fournir. Il y a des techniques de composition classiques, de la musique populaire, du jazz, et surtout le ragtime que Gershwin plaçait au-dessus de tout. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter une des chansons phares de cette comédie musicale: Sweet and Lowdown!