Une brève histoire de la musique

Depuis que l’homme existe, la musique a toujours été présente; le fait même de communiquer par la parole est un acte musical. Les Grecs considéraient la musique comme un art associant, entre autres, les mathématiques (combinaisons de sons et de rythmes), l’astronomie (compréhension du temps et de ses rythmes) et la rhétorique. Les Pythies, prêtresses antiques, intercédaient au moyen de chants divinatoires auprès des dieux. C’est par ces incantations que les relations d’intervalles, les premières gammes et les rythmes se sont peu à peu dessinés.

Au Moyen Âge

La musique avait alors plusieurs fonctions, profanes ou religieuses.

Il y avait la musique qui accompagnait le peuple dans le quotidien et les fêtes. Cette musique pouvait reprendre les mélodies et rythmes des arts divinatoires des temples romains, eux-mêmes héritiers des oracles grecs. La mémorisation des textes était facilitée par le chant.

Il y avait aussi le chant des troubadours et des trouvères qui s’est développé à partir du VIIesiècle. Contrairement aux idées reçues, cette musique n’est pas totalement un art populaire; elle s’adresse principalement aux cours seigneuriales. Les thèmes profanes traités dans les chansons sont l’amour, la politique, la morale. Ces artistes voyageaient généralement de châteaux en châteaux pour faire entendre leurs chants à un public noble. Leur fonction n’était pas uniquement de divertir: comme ils parcouraient de grandes distances, ils pouvaient faire un état des endroits qu’ils avaient visités et colporter ou transmettre par leur art des informations ou des messages.

Le chant religieux au Moyen Âge connut son apogée avec l’art du chant grégorien. Ce chant sacré est interprété par un chœur ou par un soliste appelé chantre. Il est destiné à soutenir le texte liturgique en latin. Le chant grégorien était un des outils pour unifier les différents ordres monarchiques européens. La musique avait alors une vraie fonction politique. Les formes et structures du chant grégorien vont se complexifier au fil du temps.

Au XIIesiècle, Guy d’Arezzo propose un système d’écriture après maintes tentatives antérieures. C’est un grand tournant dans l’histoire de la musique, car avec ce système d’une grande logique que nous utilisons encore aujourd’hui, la musique écrite va prendre son envol. Ainsi l’écriture va permettre d’élaborer des formes et des sujets de plus en plus complexes, ce qui n’était pas faisable avec la mémorisation nécessaire dans la tradition orale. La musique peut alors s’émanciper de la parole, même si celle-ci restera très prégnante au cours des siècles suivants.

À la Renaissance

Le pouvoir religieux veut alors rendre intelligible le texte souvent noyé dans un discours musical trop complexe et trop riche.

Peu à peu la simplification et la normalisation des règles d’écriture donneront naissance au système d’écriture tonal qui régnera sur la musique écrite de la fin du XVIesiècle au XXesiècle.

La période baroque

La science de l’écriture tonale va servir l’extraordinaire richesse musicale de cette période. Les formes musicales se structurent, se développent sur les fondements des suites de danses de la renaissance, elles même héritières des chansons des troubadours. La musique populaire et religieuse nourrit alors la musique savante.

Ce système d’écriture permet d’architecturer et d’assimiler toutes sortes de mondes musicaux; dans une même œuvre, peuvent se côtoyer des citations de chant Grégorien et de musiques profanes.

La période classique

Pendant cette courte période musicale (deuxième moitié du XVIIIesiècle) les formes musicales vont se structurer et tendre vers une recherche d’équilibre et de limpidité. En cela elles reflètent la verticalité des rapports sociétaux.

Le XIXesiècle

Les bouleversements de la société entraînent un vrai changement de statut chez les compositeurs qui s’affranchissent volontairement de leurs soutiens. Leur condition devient alors plus précaire, ils iront chercher des moyens de vivre grâce à la bourgeoisie naissante. Les sujets musicaux se font plus personnels. Le romantisme sera l’occasion de mettre en musique les textes des poètes. Les œuvres orchestrales deviennent grandioses, et le concerto célèbre la virtuosité instrumentale.

En Europe centrale, les compositeurs s’inspirent de la musique traditionnelle et de la musique tzigane. L’écriture musicale s’enrichit de nouveaux intervalles et de l’utilisation du chromatisme. L’utilisation du demi-ton se retrouvera au XXesiècle dans la musique de l’école de Vienne. Celle-ci sera prolongée par la musique dite «contemporaine».

En France, l’impressionnisme de la fin du XIXesiècle fera face à l’expressionnisme allemand. Les accords s’enrichissent dans le cadre d’un système tonal qui supporte également la modalité.

Le XXesiècle

Cette période est kaléidoscopique: la musique dodécaphonique côtoie la musique électroacoustique, les musiques de films néo-tonales, la chanson, le rock, le jazz, les musiques d’écoles nationales… Ces musiques pourront se confondre, se contredire ou se marier. La richesse des esthétiques n’aura jamais été aussi importante.

La musique classique

De cette petite histoire de la musique parcellaire, il apparaît que le terme musique «classique» est souvent mal employé. La musique classique ne concerne qu’une période musicale très réduite, à peine 50ans!

Dans l’imaginaire, cette musique est caractérisée par son «sérieux» et même son côté «savant»; elle peut sembler figée, alors que le divertissement musical, la musique populaire et l’art musical se sont toujours côtoyés au fil des siècles, l’un nourrissant l’autre.