Domenico Scarlatti est né en Italie la même année que Jean-Sébastien Bach, en 1685. Fils de Alessandro Scarlatti, compositeur reconnu pour ses opéras, Domenico suivra le parcours de son père en devenant un brillant instrumentiste et compositeur.
C’est grâce à sa grande connaissance du clavecin qu’il composa plus de 550 sonates pour cet instrument roi de l’époque baroque. Ces centaines de sonates représentent à elles seules un volume de composition pour le clavier bien plus important que celui produit par n’importe quel autre compositeur.
La plupart de ces sonates n’ont pas été éditées ou jouées en public durant la vie du compositeur. Elles étaient destinées à un usage royal à la cour d’Espagne ; le compositeur les a ainsi écrites pour Marie Barbara de Bragance, princesse portugaise appelée au trône d'Espagne en 1729 lors de son mariage avec Ferdinand VI.
C’est au XXe siècle que le claveciniste Scott Ross entreprend l’enregistrement intégral de ces pièces en… trente-quatre disques !
Le terme sonate a plusieurs significations en musique, il peut représenter une forme musicale (structure d’un mouvement d’une œuvre) et un genre (pièce musicale écrite). Dans ses sonates, Scarlatti installe à la fois une structure qui donnera naissance à la forme sonate et met en valeur la sonate pour clavier en général. Chacune de ces pièces possède une réelle inventivité et originalité créative.
L’amour pour le Portugal et l’Espagne du compositeur se ressent dans des mélodies d’une grande liberté qui peuvent utiliser des intervalles hispanisants et des rythmiques ibériques tellement dynamiques.
Ces sonates revêtent une structure binaire simple et toujours renouvelée : une première partie expose un premier thème dans la tonalité principale, la deuxième partie propose souvent un second thème dans la tonalité relative, ou la tonalité à la quinte. Cette structure affirme ainsi les règles du système tonal que le compositeur développera tout au long de sa vie.
L’architecture de ces sonates est immuable, solide, si parfaite qu’elle permet une libération créatrice unique dans l’histoire de la musique : on reconnaît dès les premières secondes une sonate de Scarlatti et pourtant on est toujours subjugué de l’originalité de chacune de ces sonates.
La rythmique de ces pièces est indissociable du contrepoint et de l’harmonie. Un accord sonnera bien et remplira sa fonction parce qu’il sera placé sur un temps fort ou un temps faible, la mélodie n’aura de sens que par l’harmonie implicite qu’elle porte en elle et sa place dans la rythmique.
Chaque sonate propose sur un temps relativement court une exploration technique approfondie du clavecin et un univers riche, contrasté, à la fois profond et ludique.
Après une période d’oubli au XVIIIe siècle, ces sonates furent redécouvertes pendant la période romantique du XIXe siècle. Chopin utilisait ces sonates pour parfaire sa connaissance du piano et disait : « J’affirme qu’un jour viendra où Scarlatti sera fréquemment joué en concert et que le public s’en réjouira. » Le compositeur avait vu juste, un grand nombre de pianistes s’empareront de ce monument musical, comme Maria Tipo, Vladimir Horowitz, Alexandre Tharaud, Emil Gilels, Christian Zacharias, Murray Perahia…
L’écriture de ces sonates a été une source toujours renouvelée d’accomplissement heureux pour le compositeur. Aussi conclut-il par ces mots la courte préface de ses Essercizi per gravicembalo (Exercices pour le clavecin), un recueil de 30 sonates : « vivi felice » (vivez heureux).
Clavecin
- Intégrale des sonates par Scott Ross (Erato/Warner Classics)
- 14 sonates par Trevor Pinnock (Archiv Produktion)
- 26 sonates par Kenneth Weiss (Satirino Records)
- 14 sonates par Gustav Leonhardt (Harmonia Mundi)
Piano
- 37 sonates par Vladimir Horowitz (Sony Classical)
- 18 sonates par Maria Tipo (EMI)
- 21 sonates par Alexandre Tharaud (Erato)
- 16 sonates par Christian Zacharias (EMI)
Guitare
- 15 sonates par Roberto Aussel (Aeon)
On peut aussi écouter les sonates de Padre Soler, élève de Domenico Scarlatti, qui pour certaines se révèlent aussi riches que celles du maître :
- Sonates de Padre Antonio Soler par Luis Fernando Perez (Mirare)