Les danses hongroises de Johannes Brahms

Quand la musique tzigane touche le cœur d’un compositeur

Johannes Brahms est un compositeur allemand très important du XIXesiècle. Il a écrit de nombreuses symphonies, concertos et pièces de musique de chambre. Son requiem est considéré comme une des plus belles œuvres religieuses de l’histoire de la musique. Comme Jean-Sébastien Bach dont il était un grand admirateur, sa musique est à la fois classique, d’une grande richesse formelle et structurelle mais également enrichie par l’utilisation de thèmes populaires qui touchent le cœur des auditeurs.

C’est à l’âge de 19 ans qu’il rencontre le violoniste hongrois Ede Reményi. Celui-ci lui fait découvrir la musique populaire de son pays. Lors des nombreux concerts que les deux musiciens donnaient en Allemagne, il n’était pas rare que les deux amis mettent à leur programme des pièces populaires qui enchantaient le public. L’intérêt pour la musique tzigane du compositeur est né de cette rencontre humaine et musicale. Cette musique inspire à Brahms un cycle d’œuvres appelé «21 danses hongroises pour piano à 4 mains».

Il ne considérait pas ces pièces comme originales, puisqu’il s’agissait pour lui de simples adaptations de danses traditionnelles et d’airs de musique tzigane très connus à l’époque. Pourtant certaines de ces danses hongroises ont réellement été inventées par Brahms et toutes portent en elles des caractéristiques propres au style du compositeur: une écriture très élaborée, riche à la fois sur le plan mélodique et harmonique.

Mais qu’est-ce que la musique Tzigane?

Originaires d’Inde, les Tziganes ont peu à peu migré au Moyen-Orient et en Europe. Ces musiciens parcouraient alors les villes avec leurs instruments traditionnels comme l’accordéon, le violon, la guitare et la contrebasse. La musique était pour les Tziganes un moyen de subsistance et d’intégration culturelle. À ce titre, ils empruntaient les musiques des lieux où ils étaient et les réinterprétaient avec leurs propres techniques instrumentales car c’étaient des musiciens virtuoses, capables de toutes les prouesses techniques!

Ainsi la musique tzigane est caractérisée par un style de jeu très particulier (alternance de rythmiques rapides et lentes, riche utilisation des intervalles augmentés et diminués...) et par une assimilation de musiques populaires. La musique hongroise dont ces musiciens s’inspiraient était plus un style de musique exotique et populaire qu’une réelle musique traditionnelle; au XIXesiècle le public aimait beaucoup cette musique que l’on qualifierait maintenant de variété et qui n’était pas toujours aussi authentique qu’elle voulait le faire croire!

La musique tzigane a été très présente en Europe de l’Est (Hongrie, Russie, Roumanie) et a inspiré un grand nombre de compositeurs: Joseph Haydn, Johannes Brahms, Franz Liszt, Maurice Ravel… Quand Brahms écrit ces 21 danses hongroises, il a conscience de la richesse de cette musique née de mélanges nombreux et des rencontres entre l’âme d’un peuple migrant, de la musique traditionnelle d’Europe de l’Est et des musiques «grand public» à la mode. Le compositeur utilise avec brio les techniques d’écriture héritières d’une déjà longue histoire de la musique au service de cette musique spontanée, vivante et dense émotionnellement.

Vous retrouverez dans notre application Métronome Zen trois de ces 21 danses avec l’explication de leur métrique.

Suggestions d’écoute
  • Tziganes - Souvenirs de Hongrie, 1954-1959 (Frémeaux & Associés)
  • Tantz! par Sirba Octet (Deutsche Grammophon)
  • Brahms, 21 danses hongroises par l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Claudio Abbado (Deutsche Grammophon)
  • Les 21 danses hongroises par Katia et Marielle Labèque (Philips)
  • Brahms, 3 sonates pour violon et 21 danses hongroises par Aaron Rosand (Musical Concept)
  • Brahms, Ein Deutsches Requiem par l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Herbert Von Karajan (Deutsche Grammophon)
  • Brahms, Concertos pour piano 1 et 2 par Claudio Arrau sous la direction de Carlo Maria Giulini (Warner Classics)