Franz Schubert est né en 1797 dans un faubourg de Vienne. C’est un enfant prodige qui devient un excellent chanteur et violoniste. Il étudie l’écriture musicale avec le célèbre Antonio Salieri. Sa première grande œuvre religieuse est composée alors qu’il n’a que dix-sept ans (Messe en fa majeur D 105).
Très vite il se consacre à l’écriture de lieder (chansons) qui vont lui apporter une certaine notoriété. Ces petites pièces musicales vont être très prisées par le milieu intellectuel viennois. Lors de réunions où l’on parle art, politique, économie, il était bien vu de jouer ses lieder et de deviser sur leur portée musicale et leur texte. Ces rencontres vont s’institutionnaliser jusqu’à prendre le nom de Schubertiades. Elles préfigurent un nouveau mode de diffusion de la musique pour les compositeurs du XIXe siècle en apportant une forme d’autonomie financière aux compositeurs qui alimentent ces réunions de leurs compositions.
Les lieder de Schubert peuvent être écoutés sur différents plans : ils ont une fonction divertissante mais proposent également une mise en abyme de l’âme du compositeur et offrent une profondeur musicale pour qui veut la découvrir.
Le compositeur, très attaché à cette vie sociale, va paradoxalement souffrir peu à peu du manque de reconnaissance de ses pairs. Coincé entre Mozart et Beethoven, Schubert ne sera jamais considéré comme leur égal durant sa courte vie. Ainsi s’il laisse à sa mort à trente et un ans plus de mille pièces musicales (vingt et une sonates pour piano, quinze quatuors à corde, des opéras, des symphonies…), un grand nombre de celles-ci ne seront jamais jouées durant son vivant ! Le grand public et les fins connaisseurs associeront très longtemps Schubert aux Schubertiades viennoises illustrées par de « petites chansons ».
Beethoven prend connaissance à la fin de sa vie des œuvres de Schubert, et dira sa profonde admiration pour le compositeur. Mais il est trop tard…
C’est bien après sa mort que Robert Schumann, Johannes Brahms et Franz Liszt découvrent l’immensité de l’héritage musical du compositeur. Ses « grandes » œuvres seront enfin éditées, jouées et reconnues comme étant exceptionnelles.
Alors prenons le temps d’écouter ses dernières sonates pour piano, ses quatuors et ses symphonies qui dévoilent une profondeur musicale insoupçonnée. Ces grandes formes musicales offrent au compositeur la structure et l’espace nécessaire à son imaginaire si personnel. La musique de Schubert parle intimement à chacun d’entre nous de manière différente. Elle ne se résume pas aux Schubertiades qui ont occulté le génie créateur du compositeur aux yeux de ses contemporains.
- La Belle Meunière (Die schöne Müllerin), avec Nathalie Stutzmann et Inger Södergren, CD Calliope
- Voyage d'hiver (Winterreise), avec Dietrich Fischer-Dieskau et Terry Moore, CD Warner Classic
- Les 3 dernières sonates pour piano D. 958, 959 & 960, par Alfred Brendel, CD Decca
- La Jeune Fille et la Mort et La Truite, par Quatuor Amadeus, CD Deutsche Grammophon
- Symphonies 8 et 9 par l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan, CD Deutsche Grammophon