La Folia : le thème idéal

La Folia est une danse à 3 temps apparue au Portugal au XVesiècle. Elle est à l’origine jouée par des instruments très sonores (guitares, percussions). C’était à la fois un chant accompagné et une danse pleine d’allégresse et frénétique.

Après avoir migré principalement en Italie et en France, cette danse va connaître un grand succès en Europe et sera au XVIIIesiècle très utilisée pour des variations instrumentales de grande virtuosité.

L’enchaînement d’accords qui caractérise le thème d’une Folia servira de base de composition à plus de 150 compositeurs (Frescobaldi, Marin Marais, Vivaldi, Bach, Corelli, Scarlatti, Haendel, Rachmaninov…). Cet enchaînement est le suivant :

Ré mineur Fa majeur Ré mineur
Ré m La(7) Ré m Do Fa Do Ré m La(7)
I V I V I V I V

Sur 8 mesures, deux tonalités apparaissent : ré mineur et fa majeur. La fonction de ces accords dans ces deux tonalités est la suivante :

Tonalité ré mineur

Ier degré : accord parfait de ré mineur.
Ve degré : accord de tension qui appelle le retour de l’accord parfait de ré mineur.
Ier degré : retour à l’accord parfait de ré mineur.

Tonalité relative fa majeur

Ve degré : accord de tension qui appelle l’accord parfait de fa majeur.
Ier degré : accord parfait de fa majeur.
Ve degré : retour de l’accord de tension de fa majeur.

Retour en ré mineur

Ier degré : accord parfait de ré mineur.
Ve degré : accord de tension qui appelle le retour de l’accord parfait de ré mineur et donc la reprise de l’enchaînement d’accord.

Cet enchaînement d’accords est tellement bien structuré et dynamique grâce à l’utilisation des Ves degrés et des deux tonalités relatives, qu’il servira un grand nombre de musiciens dans leurs improvisations.

Voici quelques exemples d’utilisation de la Folia :

  • En France, Jean Baptiste Lully l’utilisera dans une pièce nommée « les folies d’Espagne ».
  • La Folia sera importée en Angleterre par Michel Farinel sous le nom de « Ostinato de Farinel » ; car il s’agit bien d’un Ostinato : cet enchaînement d’accords peut être répété à l’infini, chaque variation mélodique posée sur la Folia est alors appelée « couplet ».
  • Au XVIIesiècle la Folia sera jouée à la guitare et accompagnera un grand nombre de danses comme la sarabande, la passacaille ou la chaconne.
  • Les Folies Françaises composées en 1722 par François Couperin proposent des variations sur la Folia.
  • Franz Liszt au XIXesiècle l’utilise dans sa Rhapsodie Espagnole.
  • Au XXesiècle, Sergei Rachmaninov reprend ce thème dans ses « Variations sur un thème de Corelli ».
  • Nicolas Bacri compose en 1990 une Folia-chaconne pour violoncelle et cordes.
  • Des musiques de films, comme « Le dernier des Mohicans », utilisent également ce thème.

Un grand nombre de chansons sont construites sur cet enchaînement tant il est naturel et structuré. Bon nombre d’artistes réinventent ainsi la Folia sans même en connaître ses origines. L’improvisation mélodique et rythmique est très aisée grâce à l’architecture sonore solide née de cet enchaînement.

La démarche est finalement la même que celle d’un groupe de rock lors de sa première répétition : la basse et la batterie font tourner un ostinato sur lequel vont se poser des accords puis une mélodie.

La Folia est une des pièces maîtresses de la musique écrite, de la structuration du système tonal, et du développement des grandes formes musicales : les variations, inventions et développements qu’elle suscite ont ainsi alimenté l’imaginaire des compositeurs au fil des siècles.

Mais il ne faut pas oublier qu’elle reste une danse, née dans la péninsule ibérique au XVesiècle et qu’elle continue d’inspirer des troupes de hip hop à notre époque.

La liberté de création est totale lorsqu’elle s’appuie sur une architecture solide !

Suggestions d’écoute
  • La Folia 1490-1701 par Jordi Savall et son ensemble d’instrumentistes (Alia Vox)